Interview
06 May 2026
il y a 16 heures

Armelle Thève : « La France commence à être respectée »

Après la réunion endiablée du Winamax French Darts Festival en décembre dernier à Caen, les fléchettes poursuivent leur développement en France. L'occasion pour Maxime Arnou de s'entretenir avec la présidente de la Fédération Française de Darts, Armelle Thève, qui analyse pour nous l'engouement présent et le futur radieux de la discipline dans l'Hexagone.

Armelle Thève : « La France commence à être respectée »

Pouvez-vous nous faire un topo sur la Fédération Française de Darts, et son évolution récente ?

La Fédération (Fédération Française de Darts) fête ses 50 ans en 2026. Depuis le Covid et grâce notamment aux diffusions des grandes compétitions sur la chaîne L'Équipe, on assiste à un regain du nombre de licenciés. En 2024, nous comptabilisions 2 300 joueurs et en 2025 nous avons terminé à plus de 3 300 licenciés. Il y a aussi des créations de clubs : plus de 60 clubs ont été créés en 2025.

On ne couvre pas encore tous les territoires en France, il reste des zones blanches, mais on a réussi à conquérir la Corse et la Réunion. On recense plus de 200 clubs de fléchettes dans l'Hexagone désormais.

Comment la Fédération se positionne face à ce développement rapide des clubs ?

La Fédération soutient le développement des clubs et les aide financièrement. Quand on crée un club, on bénéficie de l'affiliation fédérale, la part fédérale qui est remboursée et il y a une dotation en cibles pour aider les clubs s'ils veulent organiser des compétitions, grâce à notre sponsor Olie's Darts. Ainsi, les nouveaux clubs ne démarrent pas avec des caisses vides et possèdent déjà du matériel.

On a aussi l'impression qu'il y a de plus en plus de lieux où l'on peut jouer aux fléchettes en France

Oui, ça se démocratise, c'est super. On a le côté ludique et convivial des fléchettes, c'est ce qu'on aime, malgré l'image bar-fléchette. Mais pour moi, ce n'est pas un frein puisque selon les régions, on a des salles communales, des bars… L'image des bars, ce n'est pas négatif.

Trouver où jouer aux fléchettes autour de moi

Et ce n'est pas culturel, c'est cultuel. Tout comme le rugby peut être associé à la troisième mi-temps, je pense que c'est un raccourci. Tant que c'est rassembleur, moi, je trouve ça top. L'essentiel, c'est que ça se développe.

Pouvez-vous nous faire l'inventaire des compétitions majeures organisées par la FFD ?

Nous avons l'Open fédéral, l'Intercomité National Jean Roudeau, la Coupe nationale, la Coupe de France, les Masters individuels et doubles et les Masters par équipes.

On essaie maintenant de relancer ce qu'on appelle le French Open et le French Classic, qui se sont arrêtés il y a cinq ans. Ils sont sous l'égide de la World Darts Federation (la fédération mondiale des fléchettes, au niveau amateur), qui propose des tournois avec des classements différents et qui permet d'affronter des joueurs étrangers.

Développer l'activité dans les zones blanches, c'est un objectif ?

Oui. On a des trous dans le centre de la France. Autant dire qu'on n'a pas du tout de trous en Bretagne et en Loire-Atlantique. La Normandie commence aussi à se redévelopper. Mais on a des zones où c'est compliqué… C'est un peu comme les lignes téléphoniques.

Si l'on excepte les diffusions télévisées, quels sont les autres déclencheurs de la hausse du nombre de licenciés ?

Thibault Tricole, qui est notre image à l'international et qui a créé une émulation. Il y a aussi la dimension matérielle : les gens s'aperçoivent que les fléchettes sont accessibles à tous. On n'a pas besoin de beaucoup de place pour jouer et acheter une cible n'est pas une dépense énorme. De plus, le coût de la licence est abordable.

Même si les fléchettes ne sont pas encore reconnues comme un sport par les instances en France, la discipline permet tout de même une pratique que j'estime sportive, à moindre coût.

Faire reconnaître les fléchettes en tant que sport en France, c'est un enjeu important ?

On construit les dossiers auprès du Ministère de la Jeunesse et des Sports (interview réalisée en décembre 2025, pour rappel). C'est une démarche laborieuse. La Fédération avait déjà tenté il y a quinze ou vingt ans de se faire reconnaître comme un sport mais avait été déboutée. Là, on relance la mécanique.

Le délai de réponse ? C'est variable, cela peut aller d'un mois à six mois. C'est un travail de fond et de forme. Et puis le contexte politique fait que quand il n'y a pas de Ministre des Sports et même s'il n'est pas forcément décisionnaire de cette démarche, ça ne favorise pas le traitement des demandes. Les dossiers traînent un peu. C'est l'un de mes projets de mandat.

Comment analysez-vous l'impact de la popularité grandissante des fléchettes dans les médias français ?

Nous avons vécu une première phase quand Thibault Tricole a participé pour la première fois aux Championnats du Monde de fléchettes 2024, puis une phase d'approches journalistiques, aussi bien télévisuelles que classiques. On a notamment eu droit à un gros reportage sur TF1, qui a suivi une famille lors de la Coupe de France à Saint-Viaud et un autre avec France 2 sur Jimmy Martinez qui a gagné la Coupe de France juniors 2025. Des événements comme le Winamax French Darts Festival permettent aussi d'augmenter notre présence médiatique.

Les fléchettes dans les bars, c’est cultuel

En terme de licenciés et de pratiquants, quel est l'objectif de la FFD à moyen terme ?

J'aimerais bien finir mon mandat avec au moins 6 000 licenciés, c'est-à-dire essayer de doubler le chiffre actuel. Je pense qu'en l'espace d'un an et demi, on a quand même réussi à avoir un boom assez phénoménal : il faut continuer et apporter du plaisir aux licenciés.

La construction des panneaux de jeu pour le Winamax French Darts Festival, c'est aussi une reconnaissance pour nos licenciés : ils prennent plaisir à jouer sur de belles cibles et voient que la Fédé peut mettre en place des choses un peu plus modernes.

Quels sont les autres axes de développement pour faire progresser les fléchettes en France ?

Déjà, on a une chargée de communication à la FFD, Christelle, qui modernise et harmonise nos pratiques de communication. On essaie d'étendre nos réseaux sociaux, comme Instagram. On a aussi créé un compte LinkedIn pour professionnaliser les choses. Et comme Thibault Tricole se déplace à l'international, les gens voient que la France monte en niveau.

On s'est déplacés aussi en tant qu'amateurs à la Coupe du Monde à Séoul, au mois de septembre 2025. On grimpe dans les classements et on commence à être respectés : cela permet de développer le réseau intra-fléchettes qui est important.

En résumé, on veut développer tout le côté marketing-communication. Et nous sommes dans l'ère du numérique : on veut numériser un peu les tournois, pour être facilitateur à la table de marque. Il y a aussi ces panneaux pour le Winamax French Darts Festival, pour avoir une dynamique, une jeunesse, une évolution et une certaine esthétique aussi.

Thibault Tricole est un excellent ambassadeur des fléchettes en France et à l'international. Mais ne manque-t-il pas d'autres têtes d'affiche pour le seconder ?

Il y a aussi Jacques Labre, qui est également un très bon ambassadeur et qui commente les émissions de fléchettes. Et j'aimerais bien aussi qu'une femme puisse performer dans cette pratique.

On a les juniors également : cela peut aider à casser cette image des fléchettes associées à l'alcool, montrer que plus tu commences à jouer tôt et mieux tu peux évoluer, même si on n'est pas encore au niveau des Pays-Bas avec les sports-études.

La relève est là, avec aussi Jessy Delorme par exemple, ou Nicolas Thuillier (interview de Nicolas Thuillier) qui a fait de belles compétitions et qui s'inscrit dans cette même lignée. Donc l'envie est là. Et quand on se rend à la Coupe du Monde ou à la Coupe d'Europe, on se confronte aux meilleurs, sur des formats de jeu qui ne sont pas forcément ceux que l'on a en France : ce sont des rencontres à élimination directe et les événements internationaux ou européens ont d'autres règlements sportifs, même si ça se joue toujours au format 501.

Quelles sont les différences entre les règlements des compétitions françaises et les autres ?

Les règles sont strictes. Déjà, vous n'avez pas le droit de communiquer sur les réseaux sociaux, car il peut y avoir des paris sportifs sur les rencontres. Il y a des règles de silence, des règles de jeu, de préparation en back-office. Tout le monde ne peut pas aller voir les joueurs. C'est un lieu fermé qui a des règles établies.

Tant mieux, cela permet aussi aux Français de vivre un état psychologique différent : les fléchettes, ce n'est pas qu'un sport, c'est aussi du mental. Et on progresse en diversifiant sa pratique.

Justement, comment la FFD se positionne-t-elle pour l'accompagnement de ses meilleurs athlètes ?

On a créé des stages de regroupement, de cohésion. Chaque équipe de France, masculine et féminine, a un team manager qui les chapeaute. Pareil chez les juniors. On va pouvoir pratiquer les fléchettes, mais aussi créer un esprit d'équipe, observer les atomes crochus, voir comment on peut créer des doublettes, voir comment un joueur se place sur le finish de son partenaire…

Ensuite, pour la World Cup, on a aussi un stage de cohésion avec les huit meilleurs présélectionnés, pour pouvoir capitaliser sur une équipe. Ce deuxième stage est davantage axé sur l'entraînement et la persévérance. De là, on choisit le quatuor gagnant, ceux qui partent jouer cette World Cup. On a aussi créé en 2025 une charte pour nos joueurs, pour leur expliquer ce qu'on attend d'eux et ce qu'ils peuvent attendre de nous, puisque c'est un engagement réciproque.

Tous les joueurs ont signé cette charte. Et puis après, on a fait un stage de préparation vraiment pure et dure fin août, pour pouvoir partir sereinement à la Coupe du Monde à Séoul. Les résultats ont suivi.

Cette cohésion, c'est une garantie pour l'avenir ?

Ces stages pour créer cette osmose vont devenir incontournables. Et ce noyau n'est pas fermé, il est évolutif. Ce ne sont pas les chaises musicales, mais les huit présélectionnés de 2025 ne seront pas forcément ceux de 2026. Il y a une évolution : si un joueur montre sa persévérance, sa solidité au point de tir, qu'il devient incontournable à chaque finale… Cela peut jouer, il faut pouvoir créer un groupe gagnant.

Êtes-vous satisfaite des résultats des Français en 2025 sur les différents tournois ?

Je suis ravie. On a eu cette évolution, on est arrivé 15ᵉˢ au classement sur 52 nations à la Coupe du Monde chez les féminines, 18ᵉˢ chez les masculins. On a aussi une doublette championne du monde chez les Paradarts. Ce n'était jamais arrivé avant. La cohésion et la préparation ont porté leurs fruits.

Pouvez-vous nous parler un peu des Paradarts en France ?

Nous avions des cibles Paradarts à Caen, car ce n'est pas quelque chose qui est forcément accessible. Et les fléchettes para, ce n'est pas forcément un sport auquel on pense. On veut le développer, on fait partie de la fédération mondiale de Paradarts.

Si la PDC nous approche, je ne pense pas dire non

Les fléchettes doivent donc en grande partie leur nouvelle popularité à la diffusion du circuit PDC à la télévision française. Mais pour passer encore à la vitesse supérieure, l'organisation d'une étape du circuit en France est-elle nécessaire ?

Nous ne sommes pas reconnus comme sport en France, nous sommes encore un monde amateur. Mais si la PDC nous approche pour organiser quelque chose, je ne pense pas dire non. C'est un incontournable télévisuel. C'est quelque chose d'intéressant, même si je ne connais pas les modalités d'organisation.

Thibault Tricole pourrait aussi apporter sa pierre à l'édifice tout en restant joueur, parce qu'il faut qu'il se focalise aussi sur son jeu. Et les joueurs qui sont venus au Winamax French Darts Festival peuvent aussi se dire qu'ils ont été bien accueillis, qu'on a géré, ils peuvent être ambassadeurs de notre cause. Mais oui, j'aimerais beaucoup, ce serait super. La PDC a mon adresse mail.

Un autre Winamax French Darts Festival sera-t-il organisé prochainement, peut-être dans une autre ville ?

Ailleurs, je ne sais pas. La salle de Caen était déjà pas mal, le podium était magnifique. On est tous ravis de ce qui se passe. Pour la suite, s'il faut changer de dimension, on le fera.

En savoir plus

Armelle Thève a été trésorière de la Fédération Française de Darts, poste qu'elle a exercé durant huit ans. Elle occupe le poste de Présidente de la FFD depuis octobre 2024. Le bureau de la FFD, association loi 1901, comptait 16 membres début 2025. Tous sont bénévoles.

Propos recueillis par Maxime Arnou [email protected]

Interview réalisée durant le Winamax French Darts Festival en décembre 2025.