Numéro 1 au classement français FFD en 2025 et depuis le début de l’année, celui qu’on surnomme “Cole” s’est affirmé comme l’une des grandes figures des fléchettes tricolores. Mais pas facile d’exister au plus haut niveau international sans statut professionnel et sans Tour Card PDC.
Dans cette interview réalisée par Maxime Arnou, Nicolas Thuilier nous dévoile comment il organise son quotidien de joueur amateur et ses routines, sans oublier de nous livrer son analyse sur l’évolution des fléchettes en France. Il revient également sur son échec à la Q-School 2026 et ses ambitions futures, avec quelques beaux objectifs dans le viseur.
Pour commencer, peux-tu retracer ton parcours dans les fléchettes ?

J'ai 39 ans et j'ai commencé à jouer à l'âge de 13 ans. J'ai fait une pause de 8 ans pour m'occuper de mes enfants et je suis revenu sur le circuit il y a 3 ans. J'ai été :
2 fois champion de France en individuel
2 fois champion de France par équipe
1 fois champion de France en doublette
Je suis actuellement membre de l'équipe de France et j'ai joué les deux dernières World Cups, au Danemark et en Corée du Sud. J'ai joué la Coupe d'Europe en Slovaquie également.
Cela fait aussi 3 ans que je joue la Q-School, pour tenter d'obtenir la carte professionnelle PDC comme Thibault Tricole, et 3 ans que je joue l'antichambre des Players Championship, les tournois Challengers.
Je ne vis cependant pas encore des fléchettes : je travaille à côté en tant que responsable technique dans la programmation de machines. Je réside à Ghyvelde dans le Nord, où il y a une bonne communauté de bons joueurs.
Les fléchettes pour toi, c'est également une affaire de famille, puisque ta femme joue aussi à haut niveau. Quel impact cette situation a-t-elle sur ta carrière ?
C'est ma femme qui m'a fait reprendre les fléchettes après ma pause. C'est un avantage parce que, forcément, comme elle joue, elle connaît la passion, elle me pousse énormément, mais elle comprend aussi mes moments de doute.
Elle a les mots qu'il faut pour que je me ressaisisse et pour que je reparte de l'avant dans les difficultés. On se motive mutuellement, notamment quand parfois je n'ai pas envie de m'entraîner.
C'est un énorme atout pour moi et c'est également bénéfique pour l'entraînement. S'il existe des systèmes comme Scolia qui permettent de jouer en ligne avec d'autres joueurs, je peux jouer avec elle, c'est mieux que d'être tout seul dans son salon.
Quel regard portes-tu sur l'évolution globale de ta carrière ?
Je dirais que j'ai atteint les objectifs que je m'étais fixés tout au long de ma carrière. Je me suis fixé de nouveaux objectifs depuis que j'ai repris, en regardant le parcours de Thibault Tricole et Jacques Labre, qui était le premier joueur français à gagner la Tour Card : je me suis dit « Pourquoi pas moi ? », car je rivalisais vraiment avec eux avant d'arrêter.
Depuis mon retour, je fais tout pour essayer de rentrer sur ce Pro Tour et rejoindre Thibault, et j'espère au moins jouer une fois la World Cup PDC en juin en doublette avec lui : c'est aussi un objectif. Pour cette année, on en saura plus fin avril ou début mai.
Passer pro sur le circuit PDC, c'est vraiment ton gros objectif à court terme ?
C'est un de mes objectifs principaux, tout en gardant le plaisir et l'envie de jouer.
Mais n'est-il pas trop compliqué de gagner une Tour Card aujourd'hui ? Les possibilités sont réduites...
Ce n'est pas compliqué, c'est juste très sélectif, et c'est pour ça que le niveau est tel qu'il est en PDC. Tu es obligé d'en passer par là. Ce sont les meilleurs des meilleurs, voilà.
Il y a énormément de bons joueurs sur le circuit Challenger qui mériteraient aussi d'être sur le Pro Tour, mais cette sélectivité de la Q-School fait qu'il n'y a que les meilleurs des meilleurs qui en sortent.
Après, il faut maintenir le niveau sur deux ans pour rester dans le top 64 PDC et garder sa carte. Ce n'est pas évident.
Tu n'as malheureusement pas réussi à sortir gagnant de la Q-School cette année... Quel bilan en tires-tu ?
Mon bilan à la Q-School est positif. J'ai produit du bon jeu et je me suis qualifié pour le Final Stage, mais je n'ai pas réussi à décrocher cette fameuse carte malgré de bons matchs.
Globalement, que penses-tu de ton début de saison 2026 ?
Mon début de saison est bon. Je suis actuellement numéro 1 au classement de la Fédération Française de Darts.

Sur mon premier week-end de Challenge Tour à Milton Keynes, j'ai fait de gros matchs mais je n'ai pas eu trop de chance au tirage. Je sais qu'il faut passer par là pour continuer de progresser.
Que mets-tu en place dans ton entraînement pour ne jamais lever le pied ? Quel est ton quotidien de joueur ?
Ma routine, c'est que je vais travailler, puis je récupère les enfants. Avec ma femme, on s'occupe des devoirs, des douches, du repas. Quand ils sont au lit, généralement vers 19h30, on installe la cible de fléchettes et on est parti pour deux heures et demie. C'est régulier, quasiment tous les soirs.
Quels sont les secrets pour exceller au haut niveau ?
Simplement, je m'entraîne énormément. Il n'y a pas de secret, il faut jouer. Mes routines, c'est par exemple de m'entraîner sur les finishes. Mon calendrier fléchettes, c'est entraînement et tournois. J'ai l'avantage d'habiter à trois minutes de la Belgique, alors je vais jouer des tournois là-bas mais aussi en Hollande, pour faire des tournois et des matchs sous pression.
Sinon, je n'ai pas de coach mental, je ne fais pas de mentalisme ou de visualisation : je n'en ressens pas le besoin. Peut-être dans les années à venir, si je joue le Pro Tour.
L'évolution rapide de Thibault Tricole, comment tu la perçois ?

J'ai joué en équipe de France avec lui, on a fait plusieurs sélections. Il a toujours été très bon. Je pense qu'avec la maturité de l'âge, il s'y est vraiment mis à fond. C'est ce qui lui a permis de passer ce cap.
Il a fait le choix de se lancer et de vouloir réussir. Il a mis trois ans pour le faire et a gardé sa carte PDC pour une troisième année. C'est énorme !
Toi qui joues depuis longtemps, quel est ton sentiment sur l'engouement pour les fléchettes observé en France depuis deux ans ?
L'engouement est énorme en France mais aussi à travers le monde. Beaucoup de gens se mettent à jouer aux fléchettes, pas seulement dans un cocon entre potes mais aussi dans des clubs. Les joueurs prennent goût aux compétitions et il faut continuer dans ce sens.
Le Winamax French Darts Festival était un tremplin pour continuer à exposer les fléchettes en France et montrer qu'il y a de plus en plus de joueurs.
Que penses-tu de la nouvelle génération des fléchettes françaises ? Le potentiel est là ?
Oui, mais le potentiel évoluera plus rapidement au fur et à mesure du développement des fléchettes en France. Dans d'autres régions, dans d'autres pays, les juniors démarrent très jeunes, ils ont des tournois bien spécifiques et sont confrontés au stress des grandes compétitions plus rapidement que nos juniors français.
La preuve, il y avait un joueur de 15 ans en finale des championnats du monde WDF l'an passé, l'Écossais Mitchell Lawrie, parce qu'ils sont habitués à ça dès le plus jeune âge. Pour franchir un cap, il faudrait donc que la France se mette au diapason.
Encore une fois, il n'y a pas de secret : plus nos jeunes joueront, plus ils connaîtront le stress de jouer sous pression et plus ils seront forts.
Que faire pour accélérer davantage le développement des fléchettes en France ?
Mon avis là-dessus, c'est que ça passe par les médias. On a déjà fait un pas énorme avec la diffusion des compétitions sur L'Équipe ; mais il faudrait de plus en plus de médias pour parler des fléchettes et aussi beaucoup plus d'entreprises qui prennent la discipline en considération au niveau du sponsoring.
Le must, ça serait qu'à court terme la Fédération Française de Darts puisse obtenir l'agrément Jeunesse et Sports : ce serait un grand pas en avant pour mettre de nouvelles choses en place !